Article paru dans Verre & Protections mag n°132

Une action qui permet à l'usine valentinoise de rejeter 75% de CO2 en moins pour le chauffage et le traitement thermique de ses vis

SFS France signe un accord avec Engie pour utiliser du biogaz issu des égouts de la ville d'Annecy


La filiale française du groupe suisse SFS vient de signer un accord avec Engie pour utiliser du biogaz issu des égouts de la ville d’Annecy. Le 7 juin dernier, Alain Mangeard, directeur général de SFS France présentait ce partenariat à des clients. Ensemble, ils ont visité Siloé, une usine de dépollution des eaux usées située à Cran-Gevrier (74).
À cette occasion, nous l’avons interrogé sur cette démarche et plus largement sur son objectif de générer zéro CO2 additionnel pour fabriquer des vis en France.



Vous avez donc conclu un partenariat avec Engie concernant du biogaz provenant du traitement des eaux usées d’Annecy. Avant d’entrer dans le détail de cet accord, à quelle stratégie correspond cette initiative prise par SFS France ?
« SFS est un groupe suisse établi en France depuis 1976. Nous produisons sur notre site de Valence dans la Drôme environ 1,5 milliard de vis destinées au marché de la fenêtre et de l’enveloppe du bâtiment. En 2019, conscient des enjeux environnementaux, le groupe a décidé de lancer un programme dont l’objectif est de réduire de 90 % le CO2 émis par unité de valeur ajoutée avant 2030. C’est un programme très ambitieux avec un objectif très proche. Des moyens spécifiques techniques et financiers ont été alloués dans ce sens au sein du groupe avec la mise en place d’un programme d’investissement adapté. Fixer un objectif à 2030 force les managers à ne pas se dire : nos successeurs géreront cela ».

SFS four transformateur thermique
Actuellement, quelles sont vos sources d’énergie principales et quelles sont vos activités industrielles qui en consomment le plus ?
« SFS est une entreprise de la métallurgie. Pour créer des vis à partir de fil métallique, nous utilisons de puissantes machines de déformation alimentées par de l’électricité, ensuite un traitement thermique au gaz permet de durcir ces vis avant d’effectuer un traitement de surface anti-corrosion qui est un dépôt de zinc par électrolyse. La déformation et le traitement de surface consomment environ 12 GWh d’électricité. Le four de traitement thermique consomme 5 GWh de gaz. Le chauffage de nos bâtiments (20 000 m2) consomme aussi environ 5 GWh de gaz ».

En ce qui concerne le biogaz, il s’agit bien de compensation ? Vous n’allez pas relier Annecy et Valence par un pipeline ! ?
« Tout à fait, nous avons signé un accord avec Engie pour injecter l’équivalent de notre consommation de gaz sous forme de biogaz dans le réseau GRDF. Nous avons fait le choix de travailler avec un fournisseur désigné : l’usine du Sila (Syndicat intercommunal du lac d’Annecy) qui effectue le retraitement des eaux usées de la ville d’Annecy. J’ai en effet trouvé qu’utiliser du gaz issu de la méthanisation des égouts d’une ville était particulièrement vertueux ».

Quel est le cycle de fabrication du biogaz ?
« Le biogaz consiste à récupérer le gaz qui se dégage naturellement de la fermentation de matières végétales ou organiques lorsque celles-ci s’oxydent (pourrissent). Dans notre cas, les boues issues des égouts de la ville d’Annecy sont mises dans des méthaniseurs dans lesquels des bactéries vont les digérer. Cette digestion va générer du gaz, ce gaz va être purifié grâce à du matériel de la société Prodeval pour pouvoir être injecté dans le réseau GRDF. Jusqu’en 2017, ce gaz était rejeté dans l’atmosphère ou brulé dans une torchère. La récupération de ce gaz pour un usage industriel est dans le cycle naturel terrestre et est donc considérée comme ne générant pas de CO2 ».

SFS four transformateur thermique

En détail, en quoi consiste exactement votre accord avec Engie ?
« Le principe est d’accepter de payer plus cher le gaz pour que le système biogaz puisse devenir rentable pour les producteurs. Nous nous engageons donc de façon pluriannuelle à injecter du biogaz dans le réseau GRDF. Cela permet ainsi de limiter les émissions de CO2 françaises et les importations de gaz naturel ».

Quels effets cet accord va-t-il concrètement avoir sur la production de vos vis ?
« Notre ambition est d’être capable, d’ici la fin de cette année, de produire des vis en France, à Valence, en rejetant 85 % de CO2 en moins dans l’atmosphère par rapport à 2020. En raison de la nature des sources d’énergie dans les différents pays, nous estimons que les émissions de CO2 nécessaires pour produire des vis sur notre site de Valence seront 25 fois moins importantes que celles émises par un fabricant asiatique… ceci sans compter les émissions générées par le transport de ces vis entre l’Asie et la France ».

Le biogaz va-t-il suffire à atteindre vos objectifs de générer aucun CO2 additionnel pour fabriquer vos vis à Valence. Si non, quels sont vos autres leviers ?
« Effectivement, le biogaz ne suffit pas. Nous avons quatre autres axes de travail :
  • Nous avons effectué un investissement d’un million d’euros en 2019 pour économiser en récupérant la chaleur fatale issue des compresseurs d’air et du four à traitement thermique pour chauffer l’eau chaude sanitaire et nos usines en intersaison.
  • Nous sommes passés vers de l’électricité bas carbone depuis le 1er juin 2022.
  • Nous sommes en étude pour différents autres systèmes tels que l’installation de panneaux photovoltaïques sur notre toit et celui de la société voisine ainsi que d’autres systèmes de récupération de chaleur fatale.
  • Enfin, nous envisageons l’achat d’une cogénération fonctionnant au biogaz pour délester les réseaux électriques en hiver tout en chauffant nos ateliers ».

SFS four transformateur thermique
Vous avez invité, le 7 juin dernier, des clients fabricants de fenêtres pour visiter cette usine Siloé d’Annecy où Engie produit du biogaz. Qui a participé à cette rencontre, quel était le but de cette journée pour SFS France et comment s’est-elle déroulée ?
« Changer de menuiserie permet d’améliorer le confort d’un logement en termes de chaleur, de clarté tout en réduisant les besoins de chauffage. Les vis fabriquées par SFS pour assembler des fenêtres participent donc indirectement à réduire le CO2 rejeté par le chauffage des logements. SFS se positionne de façon très claire comme un acteur responsable et engagé de la filière, et, à ce titre, participe aux efforts de la filière en termes de recyclage et de réduction du CO2 lors de la fabrication de menuiserie. La réduction du CO2 dans les composants achetés par les fabricants de menuiserie leur permettra d’atteindre les critères de CO2 édictés par la RE2020 dans la construction neuve. Bruno Cadudal en tant que président d’Atlantem et de l’UFME était présent. Nous avons également eu le plaisir d’avoir, pour représenter le groupe Liébot, Sarah Brejon et Edith Chouteau. Notre but était de présenter les efforts réalisés par SFS pour réduire les émissions de CO2 lors de la fabrication des vis et présenter la filière biogaz. Nous avons parcouru les installations de retraitement des eaux usées de la ville d’Annecy et avons été impressionnés par le process qui était excessivement propre et peu odorant. Le point le plus intéressant a été la visite des méthaniseurs et la création de gaz à partir des boues. Nos clients ont été favorablement impressionnés par cette démarche et nous ont incités à continuer en ce sens. Nous avons eu des échanges riches sur le sujet de la décarbonation de l’industrie ».

Avez-vous également d’autres projets pour réduire votre consommation d’électricité ?
« Bien sûr, nous travaillons sur l’isolation de nos bâtiments. Nous évaluons aussi l’intérêt d’acheter des machines plus modernes avec une technologie basse consommation. La mise en place d’éclairage LED dans nos ateliers se poursuit ».


Côté industriel, est-ce qu’en matière de fabrication de vis, il existe des pistes, des voies qui vous permettraient également de réduire vos consommations d’énergie durant votre process de fabrication ? Matières premières, machines, traitements ?
« En ce qui concerne les matières premières, nous travaillons avec nos fournisseurs pour les inciter à produire du fil bas carbone. Certains sont très volontaires et cela nous permet déjà d’avoir un fil ou le tréfilage génère 30 % de CO2 de moins qu’un tréfilage classique. Nous recherchons également des traitements de surface moins générateurs de CO2 que nos procédés actuels ».
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Est-ce qu’une réorganisation de “la vie au bureau et / ou à l’atelier” fait également partie des chantiers visant à améliorer le bilan carbone de SFS à Valence ?
« Notre usine se trouve près d’un HUB principal des bus de Valence qui fonctionnent au biogaz ou à l’électricité. Nous incitons nos collaborateurs à les utiliser pour venir travailler. Notre principale problématique est que notre usine travaille en équipe et que les bus ne passent pas à 5 h ou à 21 h. Des concertations avec les élus seront nécessaires dans le futur. Un groupement d’entreprises de la zone a été créé dans cette intention. Ce groupement travaille aussi sur des solutions de covoiturage afin de permettre à nos collaborateurs de partager les coûts et réduire de facto l’empreinte carbone pour les personnes ne pouvant prendre de transport urbain ».

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Propos recueillis par Frédéric Taddeï
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